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DÉBATS SUR L’ELIGIBLITE DES CANDIDATS A L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : Le silence critique des hommes de droit

Ceci est une analyse  d’un observateur de la situation  nationale. A travers son écrit, Ted Tuina, stigmatise le silence des hommes de droit sur le débat politique, notamment sur la récente loi votée par le Conseil national de la Transition( CNT) qui  écarte certains acteurs politiques de la course à la présentielle d’octobre prochain, du fait de leur activisme politique « nuisible ». Pour l’auteur de cet article, ces juristes ont contribué à montrer au peuple burkinabé, la légitimité de sa réclamation d’un changement, par leur participation au débat politique national sous l’ère Compaoré. Pourquoi après l’insurrection qu’ils ont favorisée, ces éminents juristes se ont-ils terrés, eux qui auraient pu guider les novices des textes juridiques  à assainir ce débat qui le divise. Lisez plutôt!

 DécidémentConseil constitutionnel, le pays des Hommes intègres ne cessera de nous étonner ! La preuve, il vient de nous faire découvrir un savant mélange de pratiques politiques et de fait culturel, à travers le faux départ de ses juristes, comme pour nous rappeler le faux départ du Mogho Naba organisé tous les vendredis. En effet, la semaine passée, le verdict du Conseil Constitutionnel, dans les différents contentieux électoraux est tombé et pour les insurgés des 30 et 31 octobre 2014, la coupe semble très amère à boire. Pourquoi ?

         Pourquoi le silence des hommes de droits sur le débat autour des textes juridiques?

À la date de clôture des dépôts des listes électorales pour les élections législatives et présidentielle, la loi ouvre aux citoyens le droit de saisir du Conseil Constitutionnel pour divers motifs. Cependant, nul n’est censé ignorer la loi, dit-on, et en pareille circonstance, la forme du recours prime sur toute autre considération. Ce ne sont pas les juristes, surtout ceux qui ont été très actifs dans la société civile, au point d’éclairer le peuple et inciter à l’insurrection populaire, qui nous diront le contraire.
Curieusement, au moment où tous les espoirs des insurgés étaient braqués sur les résultats de ces recours, afin de corriger les errements de la Transition dans la sanction à infliger aux instigateurs d’une machine à produire la gouvernance à vie, machine ayant happé inutilement des vies, l’on a assisté à l’absence et au silence des éminents juristes et constitutionnalistes qui étaient aux avant postes pour inciter le peuple à la révolte. Ce n’est donc pas la peine d’en vouloir au Conseil Constitutionnel qui n’a fait que dire le droit. Il appartenait à ces érudits, s’ils ne voulaient pas qu’on en arrive là, à éclairer la lanterne de la société civile à laquelle ils appartiennent, afin que les recours ne s’arrêtassent pas qu’au seul niveau de l’examen de forme.
Un tour panoramique rapide montre que nombre d’entre eux se plaisent déjà à savourer les délices des honneurs du pouvoir d’État, au point d’avoir rangé aux oubliettes leur combat avant-gardiste au sein des organisations de la société civile.
Et pourtant, Dieu seul sait qu’ils en avaient la capacité et le flair pour dire aux insurgés que « le recours contre l’éligibilité d’un candidat ou d’un suppléant peut être formé devant le Conseil constitutionnel par tout citoyen dans les soixante-douze heures suivant la publication des listes des candidats » et qu’une organisation de la société civile ne peut se prévaloir de la qualité de citoyen pour former ce recours. Mais, ils ont préféré « garder le silence des gens bien » comme le dénonçait feu Norbert ZONGO.
Dans tous les cas, avec les échecs en cascades des recours pour nullité ou invalidation des listes de la semaine dernière, on ne pourra pas empêcher certains insurgés de croire que cet autre rendez-vous manqué ferait partie des pièces d’un puzzle politique prémédité pour faire émerger la gouvernance, tant redoutée, d’un autre dinosaure politique, dont ils pensent qu’il est grand temps que cette catégorie de politiciens disparaisse, parce qu’ils ne semblent pas comprendre le peuple, pour reprendre les termes du Président SANKARA à l’endroit de la France.
Ted TUINA